
Plonger sous les glaces pour explorer un monde encore largement méconnu. Avec l’expédition Subantarctica, Under The Pole a poussé l’exploration scientifique jusqu’à 130 mètres de profondeur dans les eaux de la péninsule Antarctique. Objectif : étudier ces étonnantes forêts animales marines qui prospèrent dans la pénombre et mieux comprendre des écosystèmes essentiels mais encore peu documentés.
Le 15 octobre dernier, à la Maison des Océans à Paris, Under The Pole mettait en lumière son expédition antarctique. Témoignages, images, sciences, plongées profondes et émotions : l’occasion de faire remonter à la surface un univers que bien peu d’humains ont eu la chance d’observer.








Trois mois aux portes de l’inconnu
À la fin du mois de novembre 2025, le voilier WHY quittait Ushuaïa pour mettre le cap sur la péninsule Antarctique. Pendant près de trois mois, les équipes d’Under The Pole ont exploré la zone mésophotique, située entre 30 et 200 mètres sous la surface.
Là, à mesure que la lumière s’amenuise, apparaissent d’étonnants paysages sous-marins : les forêts animales marines. Constituées notamment de coraux, gorgones et éponges, elles forment des habitats tridimensionnels susceptibles d’abriter une importante biodiversité.
Leur étude est au cœur de DEEPLIFE, programme de recherche et d’exploration conduit par Under The Pole en collaboration avec le CNRS et un consortium scientifique international.

Jusqu’à 130 mètres sous les glaces
L’expédition a parcouru environ 3 000 kilomètres le long de la péninsule et réalisé 35 immersions, dont 31 entre 60 et 100 mètres. Deux plongées ont atteint 130 mètres de profondeur, dans une eau avec une température oscillant entre -1,8 et 2 °C.
À ces profondeurs, chaque immersion devient une entreprise en soi. Le froid, les longs paliers de décompression et la masse de matériel nécessaire rendent les opérations particulièrement exigeantes. Selon Under The Pole, l’équipement pouvait représenter 80 à 120 kilos par plongeur.

Les recherches se sont notamment concentrées à proximité de l’île Doumer, entre 70 et 130 mètres. Surprise : contrairement aux forêts de coraux noirs ou de gorgones déjà étudiées dans le cadre de DEEPLIFE, celle-ci est dominée par des bryozoaires, de minuscules animaux coloniaux fixés sur leur support.
Images, capteurs, dispositifs expérimentaux et prélèvements se sont succédé. Au total, 13 protocoles scientifiques ont été déployés et 540 échantillons rapportés à la surface.

La science ne fait que commencer
Aussi spectaculaires soient-ils, ces chiffres racontent d’abord l’ampleur du travail accompli sur le terrain. Ils ne constituent pas encore des résultats scientifiques.
Les données et prélèvements doivent désormais être analysés par 23 chercheurs appartenant à 13 institutions. Il faudra donc attendre leurs travaux et les futures publications pour mesurer précisément ce que Subantarctica nous apprendra sur la composition, le fonctionnement et la vulnérabilité de ces écosystèmes.
Mais l’exploration possède également une autre vertu : donner à voir ce qui demeure invisible.
C’est tout le sens du travail de témoignage mené parallèlement par l’équipe d’Under The Pole, dont la mission revendiquée consiste justement à conjuguer exploration scientifique, connaissance et conservation de l’océan.

L’expédition devient un livre et un film
L’aventure se prolonge aujourd’hui à travers deux récits.
Le livre Subantarctica – Une expédition à la recherche des forêts animales marines, signé par Emmanuelle Périé-Bardout et Ghislain Bardout, rassemble notamment les photographies réalisées par Franck Gazzola pendant la mission.
Le documentaire Subantarctica, réalisé par Alexandre Vigier et coréalisé par Aimée Bouchet, raconte quant à lui l’expédition depuis le point de vue de ceux qui l’ont vécue.
Deux manières complémentaires de ramener à la surface ces paysages lointains et presque inaccessibles.

Explorer pour rendre visible l’invisible
Fondé en 2008 par Emmanuelle Périé-Bardout et Ghislain Bardout, Under The Pole mène des expéditions de plongée scientifique à travers le monde, tout en développant des actions de sensibilisation et de conservation des océans.
Au fil des expéditions, leur terrain de jeu s’est déplacé de la banquise aux profondeurs océaniques, mais la boussole reste la même : aller voir là où notre connaissance demeure parcellaire, documenter et transmettre.
Une conception de l’exploration que résume Ghislain Bardout : la curiosité pousse vers l’inconnu, vers ces territoires immenses dont nous ne connaissons encore que quelques « pointes d’épingles ».
Et sous l’apparente austérité blanche, bleue et grise de l’Antarctique, Emmanuelle Périé-Bardout raconte au contraire la découverte, sous la surface, d’une explosion de couleurs et d’écosystèmes riches, divers et encore méconnus.
Une autre façon, finalement, d’explorer l’Antarctique : non plus seulement en parcourant ses glaces, mais en basculant sous la surface pour découvrir ce que le continent blanc cachait encore à nos regards.

POUR ALLER PLUS LOIN
Under The Pole
Expéditions scientifiques, programme DEEPLIFE et actions pour la conservation des océans : underthepole.org

Le livre
Subantarctica
Une expédition à la recherche des forêts animales marines
Auteurs : Emmanuelle Périé-Bardout et Ghislain Bardout
Photographies : Franck Gazzola
Préface : Camille Étienne
Éditions : Ulmer
Format : relié, 25 × 30 cm
Pagination : 224 pages
Prix : 35 €
ISBN : 978-2-37922-516-1




Crédit photographique : © Under The Pole
BONUS
Septentrion l’épisode n°3 : L’océan dans la peau avec Emmanuelle Périé-Bardout,
co-fondatrice du collectif Under The Pole.
