Photographie © Alexis Chappuis

Biologiste marin et membre de la Société des Explorateurs Français, Alexis Chappuis mène en Indonésie des plongées profondes afin d’y documenter pour la première fois ces habitats uniques et la biodiversité incroyable qui les compose. 

Depuis 2018, l’association Unseen (voir le site web) conduit en Indonésie des projets d’exploration et d’étude des écosystèmes coralliens mésophotiques, soit à des profondeurs situées entre 40 et plus de 150 mètres. Des plongées conduites par Alexis Chappuis à l’origine de ces projets avec son binôme l’instructeur et plongeur technique Marc Crane, et réalisées avec l’appui et le partenariat d’acteurs scientifiques locaux.

Photographie © Alexis Chappuis

Pour ce faire, les plongeurs, appuyés par une équipe en surface, déploient des capteurs en tout genre pour aider les océanographes locaux à mieux comprendre les phénomènes océanographiques se déroulant dans les zones d’étude, tout en photographiant et filmant les espèces qu’ils rencontrent, dont certaines n’avaient encore jamais été observées et sont totalement nouvelles pour la science. 

Ces écosystèmes sont, en effet, encore très peu connus et sont par conséquent rarement pris en compte dans les politiques de conservation actuelles. Une meilleure connaissance de leur richesse et de leur fonctionnement aiderait à mieux les préserver. 

À LA RECHERCHE DU MOLA ALEXANDRINI

La dernière expédition en date, en octobre 2020, soutenue par Blancpain et leur programme « Blancpain Ocean Commitment », ainsi que par l’Institut Français d’Indonésie, s’est en partie déroulée au sein de l’Aire Marine Protégée de Nusa Penida, une petite île à l’Est de Bali. 

Une équipe de scientifiques et plongeurs a collaboré afin de collecter de nouvelles données océanographiques et documenter au mieux la faune et la flore profonde de cette réserve naturelle, tout en y étudiant l’existence de potentielles stations de nettoyage profondes pour le poisson-lune à bosse, Mola alexandrini. Il s’agit du poisson osseux le plus gros habitant nos océans et pourtant nous ne connaissons presque rien sur lui. 

Photographie © Alexis Chappuis

DES ZONES D’ÉTUDE MENACÉES

Il est fréquemment observé sur l’île de Nusa Penida, lorsqu’il se fait débarrasser de ses parasites corporels, grâce à l’intervention de nombreux poissons de récif. Malheureusement, ces stations de nettoyage « peu profondes », accessibles aux plongeurs loisirs, sont victimes de leur succès. 

La fréquentation croissante de ces sites au cours des dernières années a inévitablement occasionné un nombre de plus en plus important de dérangements de la faune sauvage, notamment par des touristes indélicats et le bruit constant généré par les bateaux de plongée. Est-ce que des stations plus profondes, et donc potentiellement plus calmes, pourraient être une alternative efficace, au moins provisoirement, au stress engendré par la fréquentation humaine accrue sur les stations moins profondes ? 

Pour tenter de répondre aux diverses interrogations posées et documenter les habitats mésophotiques de cette région d’Indonésie, l’équipe multiculturelle et pluridisciplinaire a mis en œuvre divers protocoles et techniques scientifiques, dans des conditions environnementales changeantes, au milieu de courants parfois violents et imprévisibles.

Il semblerait qu’il nous soit difficile de protéger ce que nous ne connaissons pas. Une expédition comme celle-ci vise bien évidemment à contribuer à l’apport de connaissances scientifiques nouvelles, mais aussi à sensibiliser le public à la beauté et à l’importance de ces habitats de la zone crépusculaire, même si ces profondeurs sont inaccessibles pour beaucoup. Ce n’est qu’avec l’intérêt et le soutien d’un public informé que les efforts de conservation pourront se renforcer et réussir.

Photographie © Alexis Chappuis