Après un premier départ en 2012 qui n’a pu aboutir à cause de nombreux problèmes techniques, l’expédition 7e Continent est repartie il y a quelques jours. Cette expédition va faire un constat avec des moyens scientifiques, aidée par le CNES, pour mesurer l’ampleur et les solutions éventuelles à trouver concernant cet espace rempli de déchets en plastiques de la taille d’un continent qui s’étend sur le Pacifique.

Voici le journal de bord de l’équipage.

Vendredi 17 mai 2013 Ça y est, nous sommes arrivées à L.A, où nous avons passé la nuit, qui fut très courte vu notre heure d’arrivée à l’hôtel. Il a fallu passer la Police, récupérer nos bagages, aller chercher la voiture de location et se rendre à l’hôtel… Donc au lit vers 2h30. Ce matin nous avons pris la route pour Oceanside et retrouvé Les Georges le capitaine du bateau. Après de brèves retrouvailles nous avons repris la route tous ensemble pour San Diego où nous avions rendez-vous avec une école, qui est en correspondance avec le collège de la Réole à Bordeaux, qui suit bien sûr notre expédition.

Nous avons été reçus chaudement par Félicia, le professeur de la classe accompagnée par Annie, de la NASA, venue présenter le satellite JASON avec lequel nous travaillons pour la localisation du gyre.

Claire a dû improviser une présentation de l’expédition en anglais après seulement quelques heures de sommeil, dur, dur !! Mais ce côté informel était finalement très convivial et a semblé plaire aux jeunes. A notre grand étonnement seulement deux élèves connaissaient le garbage patch.

Retour ensuite à Oceanside pour se rendre à l’office de tourisme. Le but étant de rencontrer sa directrice qui a entendu parler de notre expédition et qui a souhaité nous aider. C’est donc l’OT qui nous loge avant notre départ dans un confortable appartement d’Oceanside.

Le programme du samedi est chargé. Nous devons finaliser l’avitaillement du bateau et effectuer une sortie en mer pour les tests de sécurité. Chaque membre de l’équipe effectuera une manoeuvre d’homme à la mer et différentes manoeuvres de réduction de voile etc. Nous en profiterons aussi pour anticiper le mal de mer. Par contre nous avons quelques soucis de livraison de notre caisse de matériels, qui est bloquée à Memphis par la douane. Danielle et Paola travaillent activement pour débloquer la situation le plus rapidement. Nous pensons que lundi tout cela sera réglé.

Samedi 18/05/2013 Après un petit déjeuner rapide, nous avions RDV avec Les Georges pour la prise en main du bateau. Nous avons fait l’inventaire du bateau, du fond de cale à la tête du mat. Ensuite; nous avons effectué les manoeuvres de réductions de voile à quai. Puis nous avons jeté les amarres pour un petit tour en mer et là, une bande de dauphins communs à long bec viennent nous souhaiter la bienvenue dans le Pacifique. GREAT!! ils devaient être au moins 50 individus. Nous avons aussi vu des lions de mer de Californie sur une bouée du chenal en train de prendre le soleil.

Après quelques virements de bord, nous reprenons le chemin du retour. Une fois à quai, nous chargeons les bouées de la NOAA que nous devons larguer en route et dans le gyre afin de mieux comprendre les courants. Ensuite s’en suit une longue discussion entre nous sur la vie à bord pendant la mission, les quarts la cuisine etc. Retour à l’hôtel pour une bonne douche ! Nous en profitons car bientôt, nous n’aurons plus ce luxe.

Dimanche 19/05/13 Aujourd’hui dimanche, donc grasse matinée et un réveil à 7h30. Dès le saut du lit, nous partons pour un footing d’une heure le long des plages du Pacifique, manière de se vider un peu la tête. Nous passons la matinée à travailler chacun de son côté. Claire finie les protocoles scientifiques,

Soizic prépare les photos pour les réseaux sociaux et Patrick monte le filet Manta, en pièces détachées depuis le voyage.

Cet après-midi nous repartons en mer afin de finir les manoeuvres de sécurité et prendre quelques images du bateau avant notre départ. De retour, nous faisons quelques photos pour nos sponsors préférés. Nous partons ensuite à la recherche du matériel qui nous manque pour les manips scientifiques et les prises d’images. Heureusement, tout le monde se met en quatre dans les magasins pour aider ces “frenchies” aux requêtes parfois étranges ! La pression monte car nous ne savons toujours pas si nous allons pouvoir partir demain. Allons-nous recevoir notre caisse de matériels !!! La réponse au prochain N° du journal de bord

Mardi 21 mai 2013 Enfin, après une course contre la montre pour la récupération de notre matériel, il est 15 h, heure locale, lorsque nous quittons le port d’Oceanside avec un grand soulagement et la satisfaction d’un travail accompli. La fenêtre météo est passée, nous décidons donc de prendre la direction des iles Catalina pour passer la nuit au mouillage. Mercredi est attendu un fort coup de vent 40/45 noeud et une houle de 5/6 mètres. Nous ne prendrons pas de risque, en espérant que jeudi le vent tombe, comme prévu. Nous profitons de ces premiers miles pour observer l’horizon : Un banc d’environ 500 dauphins tachetés chasse autour du bateau, un vol d’une dizaine de pélicans en formation croise notre route en rasant l’eau et malheureusement une dizaine de ballons qui se seront surement échappés des mains d’enfants lors d’une fête foraines.

Jeudi 23 mai 2013 11h00 du matin : Départ de Catalina Après avoir reçus et analysés nos fichiers météo, nous décidons de quitter Catalina pour Sain Clemente (petite île militaire située à 30 miles), pour avoir un aperçu des conditions de mer. Avant de partir, nous mettons pieds à terre pour compléter nos réserves d’eau et de gasoil et faire quelques courses. Catalina se situe à quelques miles de Los Angeles et toute la jet-set vient y passer ses week-ends. Nous comprenons vite que la vie est très chère dans ce repère de jetsetters américains. Nous pensons que la météo est effectivement devenue clémente en sortant de la baie. Mais après 10 miles parcourus, nous voilà dans des creux de 4 mètres avec un vent en rafales de 50 noeuds. Que faire ? On sait que le bateau lui va passer, mais nous savons aussi que l’équipage va être malmené… Nous décidons donc de faire comme prévu et de nous mettre à l’abri de Sain Clémente. Décidemment, les portes du Pacifique ne veulent pas s’ouvrir. A-t-il honte de la verrue que l’homme lui a plantée au milieu de son visage ? Nous jetons l’ancre dans une baie de l’île. Le vent doit faiblir fortement dans la nuit et rester calme pour les 3 jours qui suivent, nous reprendrons donc la mer demain matin.

Dimanche 26 mai 2013 Voilà maintenant 4 jours que nous avons quitté Catalina et 4 jours de mauvais temps !!! La météo ne nous a pas laissé de répit. Nous n’avons donc pas encore commencé nos manips, car la mer est trop inconfortable. L’océan a revêtu son manteau couleur d’acier. Super accueil du Pacifique !!! Cela doit être sûrement le prix à payer pour pourvoir avoir le laissez-passer. Dans trois jours, nous devrions être sur zone mais un peu au sud car la mer ne nous laisse pas le choix. Nous croisons les doigts pour que nous puissions faire une station demain comme prévue. Aujourd’hui, avant la longitude 125° ouest, nous avons largués une bouée dérivante de la NOAA qui permet de caractériser les courants marins, ce qui sera intéressant afin de connaître les courants avant l’anticyclone du gyre. Nous avons péché une bonite, qui a été vite dépecée et Claire a pu faire une mesure des polluants à l’aide des capteurs du laboratoire des IMRCP de l’Université de Toulouse, que nous avons appelés ”bobis” (les petits Bob l’éponge). Pour ce qui est de l’équipage, l’ambiance est bonne malgré les conditions difficiles et les quarts de nuit dans les embruns. Nous arrivons à manger comme il faut, grâce aux nombreux plats tout prêts que nous avions achetés et qui nous sauvent la mise par ce temps. Impossible de prendre une douche sans être malade ces derniers jours. Le capitaine, n’y tenant plus, nous a donné l’ordre, ce matin, de nous laver ! Ah, ces frenchies, fidèles à leur réputation ! Malgré le mauvais temps, nous avons fait de nombreuses de rencontres ces derniers jours : des groupes de dauphins et deux rorquals ont croisés notre route, ainsi que de nombreux oiseaux de mer, dont deux albatros, et cet après-midi des bateaux militaires japonais.

À très bientôt – L’équipe 7e C 

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